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[Instantanés] Paris, une journée ordinaire #2

Quand je suis arrivé à Paris il y a presque dix ans, ce qui m’attirait plus que tout, c’était ce mouvement permanent qui régnait dans la ville. De jour comme de nuit, quelque soit le quartier,  on a toujours le sentiment que la Capitale est en ébullition. Toujours un truc pour nous émerveiller : une boutique remplie de « trésors » ouverte à 4h du matin dans une ruelle paumée du Xème arrondissement, une nocturne inattendue dans un musée situé dans un lieu, seul connu des initiés, un festival en plein air passé inaperçu aux yeux des médias… Cette impression est décuplée les toutes premières semaines. Bien sûr, avec le temps, on trouve ses repères, on prend ses habitudes, alors cette énergie folle qui nous envahissait au début s’amenuise peu à peu. Il n’empêche, Paris reste la ville où tout semble possible.

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Petit bémol. Le dimanche matin, l’atmosphère est quand même drôlement étrange. Surtout quand le ciel est grisonnant un matin de Novembre. Il y a bien les touristes qui essaient de rentabiliser au mieux leur séjour. Mais les autres, ces brebis égarées ? Qu’est ce qui peut bien les amener en ce jour de repos sur les Champs Elysées ou au marché de Barbès ?

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Centre névralgique du XVIIIème, Château rouge, ou le vrai Barbès comme certains aiment à l’appeler, est à peine fréquenté le dimanche à 10h contrairement aux jours de semaine. Bien sûr, les poissonniers ont tout juste eu le temps de s’installer que déjà, une petite foule se presse autour des étalages.

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Après, c’est vrai que c’est calme. Un peu triste même. Parce que ce qui fait la spécificité de ce bout de quartier légendaire, c’est la façon dont il te transporte en un rien de temps sur le continent africain, avec ses badauds qui se pressent en s’écriant dans toutes les langues, ses vendeurs à la sauvette, ses odeurs exotiques, ses commerçants munis de trois bouts de ficelles mais, plein d’énergie, t’accostent avec familiarité.

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Oui, ce dimanche comme tant d’autres, l’ambiance est bien douce. Peu importe. C’est une vision différente de ce quartier d’ordinaire si agité.

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Il y a mille raisons de prendre le métro à Barbès un dimanche à 10h. Rejoindre un repas de famille, rentrer chez soi après une longue soirée de beuverie avec des amis d’un soir, voir sa mère en région Parisienne parce que c’est le seul moment de la semaine que cela est possible.

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Plongée dans mes rêveries, c’est ce à quoi j’ai pensé en observant cette jeune fille qui tapotait compulsivement son téléphone pour passer le temps. Je me suis même imaginé que c’était presque une corvée pour elle de voir sa famille lors de ce déjeuner dominical.

Sous prétexte de se réunir « tous ensemble », elle va devoir supporter encore une fois les conversations de PMU qui alimentent l’apéro : approximations sur la politique « désastreuse » du Président machin, déchéance inexorable d’une France qui n’est plus ce qu’elle était. Et puis dans une ambiance parfois tendue, toujours dissimulée par la joie de se retrouver « en famille », il faut pouvoir jongler avec les susceptibilités des uns, s’adapter aux valeurs post-traditionnelles parfois limites des autres qui d’antan auraient juré faire la révolution s’ils n’avaient pas perdu leurs cheveux et ne s’étaient retrouvés avec deux gamins sous les bras…

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Je m’extirpe de mes pensées et pénètre dans la rame. Finalement, ça fait du bien de se sentir un peu moins à l’étroit. Seulement le métro a comme perdu de son charme : aucune bousculade, pas d’individus pressés et impolis, il y a de la place pour tout le monde, les gens fonctionnent au ralenti.

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Pour éviter les fins de week end cafardeux et la redoutable boule au ventre du dimanche soir, c’est plaisant de croiser un peu de monde, s’imprégner de cette Capitale « en suspend » à l’ambiance feutrée.

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De toute façon, il suffit de se rendre sur une des artères principales des Champs-Elysées pour retrouver assez facilement le niveau de décibel habituel, les frottements avec des badauds venus s’agglutiner sur des trottoirs bondés au possible.

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Finalement, il convient de traverser quelques stations pour retrouver le Paris d’un jeudi matin ou d’un mercredi après-midi.

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Portiques de métro en enfilades, gestes du quotidien répétés des milliers de fois mais qu’on aborde toujours, inconsciemment, le temps d’un 1/4 de seconde, avec une légère appréhension – Et si la barrière ne s’ouvrait pas ? Et si je restais coincé entre les barres déjà si étroites ? Et si ma carte navigo était invalidée ? Pourtant, on n’est pas encore à la fin du mois. Si ?

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Même un dimanche, on se rend compte que ce sont tous ces petits détails  qui entretiennent ce légendaire « stress de la vie Parisienne ». Et encore, je parle ici du Parisien aguerri qui prend les transports 450 fois dans l’année.

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Peu importe. Ces deux filles posées sur un banc bavassant au milieu de l’avenue ont tout compris. Prendre des photos sans intérêt, regarder passer les gens, rire, s’émerveiller pour un rien, profiter de ce dimanche grisonnant comme d’une coupure dans le temps. Je ne peux m’empêcher d’esquisser un sourire en les observant parce qu’elles ont l’air si inscouciantes. Et ce n’est pas le temps capricieux ou la passivité du public qui les perturberont dans leurs activités sans importance. jeunes-filles-discutent-champs-elysees

 

Photos : sequence4.com

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